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La tourbe fait partie intégrante de l’expérience irlandaise. Notre sens olfactif est partout sollicité par son acidité lorsqu’elle brûle dans l’âtre des foyers irlandais. Notre sens visuel est accaparé par son omniprésence au sein du paysage. Les tourbières couvrent 16% de la superficie du territoire irlandais.

Comment se forme une tourbière ?

Le sol trempé par la pluie irlandaise favorise le développement de plantes hydrophiles, comme le jonc, le carex mousse et surtout la sphaigne. Ces plantes, gourmandes en eau, puisqu’elles en absorbent 20 fois leur poids, pompent toute l’oxygène qui s’y trouve. Le manque d’oxygène empêche les micro-organismes de proliférer, et les plantes, en mourant, ne se décomposent pas. Elles se déposent les unes sur les autres jusqu’à former une couche épaisse : la tourbière est née.

Une tourbière est formée à 95% d’eau et à 5% de déchets végétaux.

On trouve en Irlande deux sortes de tourbières :

Les tourbières dîtes « en couverture » (blanket bogs), qui forment un manteau peu épais sur les montagnes. La tourbe a une couleur sombre. On les retrouve principalement dans l’Ouest de l’île. On l’exploite de manière traditionnelle

Ex : la région du Connemara

Les tourbières dîtes « en dôme » (raised bogs), d’une profondeur pouvant atteindre une dizaine de mètres, situées au centre du pays. La tourbe a une couleur rouge. Elle est exploitée industriellement.

Ex : Le Bog of Allen, dans les comtés de Kildare et d’Offaly

Le droit tourbier : Les irlandais n’ont pas toujours eu de quoi manger mais au moins avaient-ils la possibilité de se chauffer. Les familles irlandaises avaient le droit d’extraire de la tourbe près de chez eux.

tourbière

La coupe traditionnelle

Pour couper la tourbe de manière traditionnelle, on utilise une bêche à lame d’acier étroite et avec un côté incliné appelé le Sleàu. On coupe la tourbe au mois de mai, puis on la laisse sécher tout l’été pour pouvoir s’en servir à l’automne.

Les étapes :

Ouverture d’un banc de tourbe : on tranche la végétation de surface à hauteur d’un pied.

Découpe de la tourbe : les morceaux de tourbes sont taillés plus ou moins grand selon son humidité.

Étalement : les briquettes sont étendues pour sécher au soleil et au vent.

Dressage : lorsqu’elles sont fermes, les briquettes sont dressées afin d’accélérer la dessiccation.

Empilement : Les briquettes séchées sont empilées. On peut s’en servir.

Aujourd’hui, des machines « coupeuses de tourbes » prennent souvent le relais du Sleàu.

La Tourbe : un moyen de préservation extraordinaire

Les sols pauvres en oxygène et la température basse qui s’y trouve (environ 4°C) empêchent la décomposition des corps et permet une conservation hors du commun. Les archéologues ont retrouvé des animaux vieux de 4000 ans, mais aussi des corps humains. Ces derniers sont si bien conservés qu’il est parfois possible de connaître leur dernier repas. À découvrir au Dublin National Museum.

La Tourbe aujourd’hui

Dans les campagnes, les irlandais continuent de récolter la tourbe pour leurs propres besoins de chauffage. En ville, on achète des briquettes compressées industrielles. En 2016, 90 000 foyers irlandais disent avoir utilisé de la tourbe pour se chauffer.

La tourbe est également utilisée dans 3 centrales thermiques (Lough Ree, West Offaly, Edenderry) qui génèrent encore 6% de l’électricité nationale (2019).

Et l’environnement ?

Les tourbières forment un écosystème fragile. Elle se forme à la vitesse de 1mm par an, autant dire qu’il faut des milliers d’années pour qu’elle se constitue. Durant les 400 dernières années, les tourbières irlandaises ont été surexploitées et 80% d’entre elles ont disparu.

De plus, les tourbières sont des réservoirs de carbone. Le drainage de celles-ci entraîne une augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

Aujourd’hui, l’Union Européenne presse l’Irlande d’arrêter l’exploitation de la tourbe. L’Irlande est un mauvais élève en ce qui concerne les émissions de dioxyde de carbone. Ils en émettent 60% de plus que la moyenne des ménages de l’Union Européenne, en grande partie à cause de l’utilisation excessive de la tourbe.

Vers un changement ?

La Bord Na Monà, société irlandaise responsable de l’exploitation de la tourbe, pressée par le gouvernement irlandais et l’union européenne, a décidé de réorienter ses investissements vers les énergies renouvelables, en particulier le solaire et l’éolien. La fermeture des trois centrales thermiques fonctionnant à la tourbe est prévue fin 2030. Un changement qui sera difficile quand on sait que 18 000 personnes vivent grâce à l’exploitation de la tourbe.

L’énergie éolienne

Les champs d’éolienne se multiplient depuis une quinzaine d’année à travers le pays. Devenue championne de l’éolien avec 32% de l’électricité nationale produite en 2019, l’Irlande est devenue spécialiste dans cette nouvelle technologie et commence à exporter son savoir-faire à l’étranger. Une alternative écologique aux archaïques productions d’électricité polluantes ?

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